A 40 jours de l’élection présidentielle, de nombreux américains sont soucieux de l’état de santé de leur démocratie. La nation qui a la plus vieille constitution démocratique, après avoir mis ses valeurs universelles au centre de la campagne, s’inquiète d’un problème bien plus terre à terre, quoique indissociable du fonctionnement démocratique, le système électoral. Depuis plusieurs années déjà, les politologues s’interrogent sur le fait que seulement 50% des personnes en âge de voter, fassent usage de leur droit. A la suite des rebondissements de l’élection de 2000, le système électoral dans son ensemble, des grands électeurs aux machines à perforer les bulletins de vote en passant par le redécoupage des contés, est mis en question. (The Economist du 18 septembre y consacre plusieurs articles très instructifs)
Aujourd’hui, l’inquiétude ne cesse de grandir autour des nouvelles machines à voter à écran digital. (NYT : Ready or not, electronic voting goes national) Rappel des faits : en 2000, la controverse est née autour du système vétuste des bulletins de vote sous forme de cartes à poinçonner, qui trop compliqué, aurait conduit de nombreux électeurs à se tromper dans leur poinçonnage. Ainsi en octobre 2002, le Président a signé une loi pour moderniser l’équipement électoral, le HAVA (Help America Vote Act), qui allouait 3,8 milliards de dollars en fonds fédéraux aux états pour conduire leur modernisation technologique. Une vingtaine d’états ont donc entrepris de mettre au rebut leur anciennes machines poinçonneuses ou leurs urnes pour les remplacer par des machines à écran digital, qui comptent en temps réel les votes et ne nécessitent pas de dépouillement ou recomptage. Pour les élections de novembre, 50 millions d’électeurs, soit un électeur enregistré sur trois, devra utiliser une telle machine pour accomplir son devoir de citoyen.
Les opérations de test sont peu transparentes (elles sont effectuées par des sociétés privées liées aux fabricants et non par un organe de contrôle gouvernemental public) ou donnent des résultats inquiétants comme un appareil qui, en Virginie, soustrayait les votes au lieu de les additionner. Les logiciels de la compagnie Diebold, fabriquant des machines à écran digital ont fuit sur Internet, des informaticiens indépendants ont alors révélé des failles de sécurité, laissant imaginer la possibilité de vastes fraudes électorales téléguidées. De nombreux groupes de pression citoyens (Electionline, Common Cause, Black box voting, Electronic vote) essaient d’alerter l’opinion sur les dangers du système (avec des arguments parfois peu convaincants comme le refus de toute forme de technologie pour les élections). Conséquence, au delà d’une polémique à la quelle les autorités ont peu de réponses car il est désormais trop tard pour changer quoi que ce soit au niveau national : avec les encouragements des grass-roots movements, des Etats comme la Virginie occidentale, qui ont mis en place le vote électronique dans les bureaux de vote, voient le nombre de votes par procuration ou par avance, les absentee ballots, considérablement augmenter, car ces derniers donnent lieu à un reçu papier.
La polémique est envenimée par les révélations de collusion d’intérêt et les histoires de gros sous : des anciens fonctionnaires sont devenus consultants chez les fabricants de machines à voter électroniques, Diebold et Seqoia Voting Systems, tandis que le directeur général de Diebold disait l’année dernière lors de l’installation de ses machines dans l’Ohio qu’il souhaitait ainsi « contribuer à ce que l’Ohio amène ses votes au Président » ou encore les cadres des deux compagnies qui font des dons en majorité aux républicains.
The Economist nous append que des dizaines d’action en justice ont déjà été lancées contre les machines à voter électroniques. Le vote électronique va concerner cette année des états hautement stratégiques comme l’Ohio, le Minnesota, le Nouveau Mexique, les Carolines ou la Floride et laisse donc présager des actions judiciaires aussi longues que douloureuses pour la démocratie américaine.
Voir la carte: "Comment l'Amérique vote?"
P.S : le NYT nous disait au début du mois que les soldats américains stationnés hors du territoire ont renoncé au vote à bulletin secret et vont voter par e-mail ou par fax. Le Département de la Défense les a encouragé à envoyer leurs votes aux autorités locales de leur lieu de vote mais ils pourront également faire appel à une société privée, Omega technologies, qui réceptionnera et redirigera leurs bulletins de vote. Là encore, dans les Etats où les candidats seront difficiles à départager, contestations à prévoir…
ER
Image sover.net

Remarquable article, précis et documenté !
Je ne connais pas l'auteur, mais cet(te?) ER a une capacité d'analyse et de synthèse extraordinaire, que je ne peux que saluer. Je regrette seulement qu'il n'y ait pas davantage d'articles écrits de sa main merveilleuse. Pourquoi ne pas virer tous les autres auteurs, à commencer par ce certain Raphaël Declercq qui ne sert à rien ??
Rédigé par: Arthur | 10/04/2004 à 00:08
tré bien
Rédigé par: Majid | 12/10/2004 à 23:30