
L’association HEC Débats, dont certains membres sont rédacteurs de ce blog, a organisé une semaine américaine sur le campus de Jouy en Josas. Dans ce cadre, nous avons notamment reçu S.E. Howard Leach, ambassadeur des Etats-Unis en France. Il nous a accordé sa soirée le mardi 19 octobre pour répondre aux questions des étudiants.
Howard Leach a été nommé en 2001, il est un ami personnel de George H.Bush et a mené une carrière d’entrepreneur, notamment dans l’agroalimentaire et d’investisseur. Il est originaire de Californie.
Sur les élections, l’Ambassadeur n’a évidemment pas pris parti. Il a simplement affirmé que l’élection serait très serrée et a exprimé sa volonté de rendre compte du bon bilan de l’administration qu’il représente et d’expliquer ses décisions. Il n’a pas prononcé une seule fois le nom de Kerry ou des démocrates.
S’il était très clairement le représentant du Président Bush en France, ses explications ont été fines et il a reconnu quelques erreurs de son administration, notamment en termes de communication pendant la crise irakienne et surtout concernant les difficultés rencontrées en Irak, qui selon ses mots n’ont pas été « anticipées ».
On a pu percevoir un certain ressentiment envers Ronald Rumsfeld, de plus en plus éloigné ces derniers jours de la campagne par les équipes du Président qui n’ont pas apprécié sa remise en question claire des liens entre Saddam et Al Qaida. Howard Leach, sur « la vieille Europe » a bien précisé que Rumsfeld n’était pas le Président et qu’il avait fait une faute. L’impression générale a tout de même été un discours très policé et prudent, destiné à rassurer les Français, où l’ambassadeur a verrouillé toutes les possibilités d’accrochage avec une candeur bien américaine. On a reconnu cette foi dans l’avenir et cet optimisme des Américains même quand leurs actions sont mises en difficulté.
Rappelant que le scrutin présidentiel américain est une formidable illustration de la démocratie et une célébration de la liberté, l’Ambassadeur a mis l’accent sur le système fédéral qui laisse une grande liberté aux états (comme le choix de la peine capitale), et le système du collège électoral destiné à protéger les états peu peuplés du risque d’être éclipsés par les états plus densément peuplés. Les électeurs sont appelés à se prononcer sur de nombreuses questions lors de ce scrutin multiple: gouverneurs, élections des fonctionnaires locaux, des membres des conseils d’administration des écoles et questions de politiques comme les électeurs californiens qui se prononceront sur des questions de budget.
L’Ambassadeur Leach a invité tous les Américains à aller voter en rappelant la phrase de Reagan : « Democracy is not a spectator sport. »
Interrogé sur les possibles dérives du lien entre argent et politique dans cette campagne, l’Ambassadeur Leach s’est prononcé en faveur de l’instauration d’un plafond pour les dépenses électorales entre 50 et 150 millions de dollars. Il a précisé que la Cour Suprême avait un avis contraire car elle considérait que de telles limitations étaient des entraves à la liberté d’expression.
Sur l’économie, il a insisté sur la façon admirable dont l’équipe Bush a empêché l’Amérique de sombrer dans une grave crise économique, alors qu’elle a subi trois chocs d’importance historique : l’éclatement de la bulle Internet et l’effondrement de la Bourse, le 11 septembre et les scandales comptables et financiers. Les baisses d’impôt ont joué un rôle fondamental dans le redressement en permettant à la consommation de se maintenir et aux entreprises de constituer des réserves, qu’elles commencent maintenant à réinvestir. L’Ambassadeur n’a pas éludé la question des déficits jumeaux, qu’il faut impérativement réduire. Et pour cela George W.Bush a un plan de réduction de moitié en 5ans, a-t-il dit. Sous entendu, Kerry n’en a pas.
Quant à la politique étrangère des Etats-Unis et aux relations franco-américaines, Howard Leach s’est voulu rassurant. Le dialogue entre Français et Américains s’améliore sur l’Irak, nous a t-il dit. Utilisant le discours habituel sur la similitude de nos deux démocraties universalistes, il a nous a invité à se méfier de la manipulation médiatique, que ce soit les mauvaises blagues sur les Français dans certains médias américains ou le boycott, qui n’a pas eu lieu quant on observe les chiffres. De même en matière de lutte commerciale, il a insisté sur le caractère très marginal de celles-ci. S’étant entretenu avec le patron de Boeing, il a précisé que ce dernier voulait mettre les comptes à plat avec Airbus, tirer un trait sur les subventions du passé et se concentrer vers l’avenir, à savoir, s’engager à stopper toute forme d’aides gouvernementales, pour ces deux compagnies qui sont désormais saines et compétitives.
L’objectif en Irak reste la souveraineté du pays et la tenue d’élections en janvier 2005. Sans faire de lien entre Saddam et Al Qaida, l’Ambassadeur a affirmé que Saddam avait financé le terrorisme et qu’aujourd’hui, au moins 2000 combattants d’Al Qaida se trouvaient en Irak et y menaient les opérations d’insurrection. A la suite du Président Bush, il y a quelques semaines, l’Ambassadeur Leach a avoué que les Américains avaient mal évalué les conséquences de l’invasion de l’Irak. En dépit des difficultés, la plupart des irakiens sont heureux d’être libres, a-t-il dit. Les valeurs de liberté et de démocratie sont les fondements de la politique étrangère américaine. Pour preuve les Américains ont rétabli la liberté de la presse en Irak où il y a désormais 300 journaux, dont certains très violents envers les Américains.
Interrogé sur la théorie de la guerre préventive, Howard Leach a rappelé que la diplomatie est bien le premier levier d’action des Américains et que la guerre préventive n’est pas un choix mais un dernier recours. Le Président Bush a essayé d’utiliser l’ONU au maximum lors de la crise irakienne et aujourd’hui, l’Ambassadeur est optimiste pour le désarmement de l’Iran qui se fait en coopération avec les Alliés de l’Amérique, dont la France, et par voir diplomatique. De même pour la Libye. Sur cet exemple précis, on voit bien que la force est indispensable pour soutenir la diplomatie, a-t-il dit. Pour justifier la volonté de l’équipe Bush d’impliquer la communauté internationale dans ses actions de politique étrangère il a cité la Corée du Nord : les discussions bilatérales conduites par Bill Clinton n’ont pas marchées. Des progrès sont perceptibles aujourd’hui grâce à l’implication de la Russie et du Japon.
La réforme de l’ONU et de l’OTAN pour les rendre plus efficaces et mieux adaptées au nouveau contexte mondial est essentielle pour l’Ambassadeur Leach. Il a évoqué l’élargissement du conseil de sécurité et précisé que l’ONU est aux yeux des Américains le meilleur outil pour faire progresser la paix. L’OTAN, vecteur essentiel de la coopération transatlantique, doit selon l’Ambassadeur, réorienter ses actions de manière plus globale. L’Europe est en effet confrontée aux menaces du terrorisme mondial, qui prend sa source hors de son territoire, c’est pourquoi, l’OTAN doit continuer de prendre part à la lutte contre le terrorisme et possiblement dans des zones éloignées du territoire européen. L’Ambassadeur appelé à un examen constructif de l’implication de l’OTAN en Irak, pour aider à la stabilisation du pays.
Le mot de la fin: « We have serious problems with global terrorism but we will overcome by nations cooperating together. I’m optimist and I think that America and the rest of the world have a bright future.»
Emma Ritter
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