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Elections 2004: Sondages, Grands Electeurs

11/02/2004

Jour J: Attente et...confiance

Englehart
Oui, malgré tous les scénarios catastrophes possibles pour cette élection 2004, les incertitudes que les commentateurs égrènent depuis quelques jours sur les ondes et au fil des pages des journaux, les étrangetés dans les pratiques électorales, et la probable attente que allons devoir supporter avant que nous connaissions avec certitude le visage du prochain président des Etats-Unis (espérons que ce soit moins de 36 jours!), nous avons choisi d'être confiant. Notre confiance ne porte pas sur le choix que vont faire les Américains, car il n'appartient qu'à eux mêmes, mais sur la démocratie.

Car, quels que soient les soubresauts, voire peut être crises, dans le processus électoral américain, ils touchent les moyens de la démocratie américaine et non pas son essence et sa vigueur. Nous avons parfois tendance à appliquer aux Etats-Unis notre propre conception de la démocratie: en Europe où le chaos et le totalitarisme menaçaient nos sociétés il y a encore quelques dizaines d'années, nous pensons que nous vivons en démocratie en vertu de l'élection et de la participation électorale. Ce sont le suffrage et l'élection qui sont les éléments majeurs de sanction de la légitimité démocratique de nos gouvernements et de nos institutions.

Mark_steeter
Aux Etats-Unis, les élections sont un élément majeur de la vie démocratique, comme en témoigne la tradition des référendums locaux nombreux. En revanche, le bon déroulement de l'élection et la participation électorale, ne sont pas les facteurs majeurs et les premiers témoins de la bonne santé de la démocratie américaine, et ce depuis longtemps. Nous comprenons mal que 50% des Américains abandonnent leur droit de vote en ne s'étant jamais inscrits sur les registres électoraux, La Boétie y verrait une "servitude volontaire" tandis que Tocqueville avait prévu cet amollissement de la citoyenneté. On a pu voir dans les reportages télévisés ces derniers jours des Américains qui en avaient vraiment marre de tout ce tapage autour des élections: ils n'iraient pas voter et souhaitaient que tous ces sondages, tracts et Tv Ads s'arrêtent bien vite car, en fait, ça ne les intéressaient pas vraiment, ce que faisaient leurs élus. Pourtant ces gens là sont tout à fait convaincus que leur pays est la plus grande démocratie. Evidemment, il ne s'agit pas de faire des généralités mais ces figures "d'américains moyens" montrent que les institutions américaines tirent leur essence et leur légitimité démocratique de leur stabilité (avec une constitution vieille de plus de 2 siècles et des élections qui se sont toujours tenues tous les 4 ans depuis) et surtout des libertés individuelles, plus que de la participation et du processus électoraux.

Bien entendu l’exercice du droit de vote reste essentiel et de nombreux américains souhaiteraient que la participation soit plus haute, malgré la tradition de faible participation au scrutin. Paul Krugman, qui a fait trembler les staffs de campagne avec ses éditoriaux dans le NYT tout au long de la campagne et qui soutient Kerry, se dit confiant ce matin : « But it's already clear that the people of Florida - and, I believe, America as a whole - have refused to give in to cynicism and spin. Far from being discouraged by what happened in 2000, they seem to realize more than ever - and better than those of us in the chattering classes - what a precious thing the right to vote really is. And they are determined to exercise that right. ». Il continue: « The more people vote, the more vital is our democracy. By coming to the polls, citizens are literally giving a vote of confidence in American democracy. And in so doing, they are proving themselves wiser than some of those they elected.»

Alors nous attendons avec confiance!

10/31/2004

Wall Street légitimiste

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Les analystes prévoient que les indices boursiers américains profiteront de la réélection de George Bush et accuseraient une baisse, quoique légère dans l’éventualité de l’élection de John Kerry.
"Le scénario du pire serait que le résultat soit différé par une prolongation du dépouillement, comme cela s'est produit la dernière fois, et c'est un risque important", commente l'économiste Ken Wattret (AP).

Cette semaine sera lourde de tensions sur les marchés américains. Demain lundi, les marchés seront, comme les fois précédentes, affectés par la cassette de Ben Laden, qui a été diffusée vendredi après la clôture des marchés.
La nervosité à l’approche des élections se fait sentir depuis plusieurs semaines même si les marchés scrutent plutôt les fondamentaux de l’économie: prix du pétrole, croissance, indice de confiance des consommateurs, déficits, chiffres de l’emploi. Après trois semaines de baisse, le Dow Jones a gagné 2,76% la semaine dernière et le S&P 3,13%. Le Nasdaq composite, déjà en hausse la semaine précédente, a encore pris 3,13%. Depuis le début de l’année, le Dow et le Nasdaq ont perdu respectivement 4,1 et 1,4%, mais le S&P a progressé de 1,6%.

Les marchés ont confiance dans la reprise économique outre-atlantique et ces hausses reflètent certainement la croyance des milieux financiers en la réélection de George Bush. Au cours du débat entre les deux candidats à la vice-présidence, Dick Cheney avait affirmé vouloir « faire de l’Amérique le meilleur endroit du monde pour le business. »

Le groupe HBO (Halifax Bank of Scotland) a publié un rapport montrant comment les élections ont affecté les indices boursiers : nous ne nous aventurerons pas aux pronostics sur la base de ces chiffres.Les marchés ont des considérations souvent bien plus larges qu’une campagne électorale et surtout, cette année, après un début de campagne où de nombreux grands patrons ont apporté leur soutien aux candidats (voir nos archives de juin et juillet) et se sont positionnés par rapport à leur propositions économiques, l’économie n’a pas été le thème majeur de la campagne.

ER

10/30/2004

Le retour de Ben Laden

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Pendant de nombreux mois, les anti-Bush ont pensé que les Américains avaient peut-être déjà arrêté Ben Laden mais qu’ils ne le révèleraient qu’au dernier moment comme un joker ultime pour assurer la réélection du Président Bush. Tandis que finalement l’arrestation de Saddam a été peu exploitée par les Républicains pendant cette campagne -hormis que l’Irak est mieux sans Saddam-, le joker Ben Laden est tombé à l’eau. (A moins qu’il ne soit arrêté d’ici mardi !) En effet, à moins de 100 heures des élections le terroriste saoudien vient faire d’entendre sa voix sur les ondes.
Les équipes des candidats ont sauté sur l’occasion pour tourner l’évènement à leur avantage en termes de voix. Comme d’habitude sur le sujet de la sécurité, la tâche est plus délicate pour les démocrates ; les Républicains continuent eux de jouer sur la peur et essaient de renforcer la lame de fond légitimiste qui leur permettra certainement de gagner.

Sous réserve d’authentification et d’analyses supplémentaires de la cassette, remarquons que pour la première fois, Al Qaeda semble être rentrée dans une logique politique, délaissant, peut être, sa logique nihiliste visant à anéantir l’Occident dans son ensemble. Ben Laden s’adresse en effet au peuple américain, le dissociant de ses dirigeants, et annonce que les pays ne s’attaquant pas aux musulmans ne seront pas inquiétés par des attentats terroristes. Ne le prenons pas au mot et ne nous faisons pas d’illusion quant aux intentions de ces terroristes mais notons tout de même ces évolutions dans le ton et le type de menace.

Pendant que les assassinats sauvages et la discorde continuent en Irak et les nouvelles interrogations que soulèvent cette cassette, la grande question est de savoir si l’intervention en Irak contribue à renforcer significativement le terrorisme global, voire permet à Al Qaeda de se structurer et se renforcer alors qu’au moment du 11 septembre ce n’était un réseau que très partiellement organisé et qui a réussi ce terrible attentat plus par l’impréparation des Américains que par son organisation et son efficacité internes. La majorité des experts, diplomates, journalistes, observateurs, répondent par l’affirmative : la situation en Irak renforce le terrorisme islamiste. L’administration Bush et les néoconservateurs américains n’en sont pas si sûrs : un expert de l’American Enterprise Institute, l’un des plus grands think tank conservateur, publie dans le journal de référence des néoconservateurs, le Weekly Standard, un article ou il explique pourquoi l’intervention en Irak n’a pas renforcé de manière si significative le terrorisme et ne produit pas directement de nouveaux terroristes kamikazes.
R.M Gerecht se demande: "How in the world can so many American officials and journalists be so certain that the Iraq war has made al Qaeda a stronger, more deadly, more seductive organization?"
Sa démarche est intéressante dans le sens où il insiste sur le manque de données dont nous disposons pour analyser la situation mais surtout car il prend la France comme appui de sa démonstration.
"Now, these institutions may be churning out a new, more virulent generation of Afghan-Pakistani holy warriors, but at this time, we just don't know. Information from Pakistani intelligence and the Pakistani press has been historically unreliable. Our knowledge of the official and unofficial madrassa system in Egypt, Saudi Arabia, or Yemen is even more sparse. And in Western Europe, we are probably only a little better off. Even in France, where there are multiple layers of potentially very intrusive and competent police and domestic intelligence, the knowledge of what is transpiring in the country's numerous semi-official mosques probably isn't comforting to the Interior Ministry. One of the principal reasons why interior ministers have for years pushed for the local education of French-born imams is that they fear the influence of imported militant clerics. They also know that once extremists enter the bloodstream of the French Muslim community, it's difficult to monitor, and very difficult to circumscribe, their influence. Despite the omnipresent police, France is a free society, and most mosques and Muslim religious associations are pretty tight-knit communities, often opaque to even the inquisitive efforts of the internal-security service, the DST. "

La France est considérée par les néoconservateurs américains au mieux comme un modèle de schizophrénie, quand elle n’est pas tout simplement disqualifiée ou comparée aux régimes arabes. Il y a quelques mois nous avions été mis sur le même plan que la Syrie, aujourd’hui Jacques Chirac est comparé à Hosni Moubarak, le président égyptien, dans sa mauvaise volonté, selon l’auteur, à reconnaître la complexité des facteurs responsables du terrorisme islamiste.
"Past and present Westernizing Middle Eastern dictatorships, and the cultural dynamics they unleashed, have been the catalyst for Islamic militancy in the Middle East (the situation is a bit more complicated in the Muslim communities of Europe, which increasingly generate their militants from strictly European causes). Could the Iraq war be the one factor that tips a prospective holy warrior into a committed jihadist, willing to abandon his family and die for the cause? Sure. But a vast array of other factors also come into play, causes that Egypt's president-for-life Hosni Mubarak or France's Jacques Chirac might prefer not to discuss. "
Avec la réélection probable de Bush, il ne faudrait pas que le fossé transatlantique continue de se creuser…et ceci est un risque fort possible. L’Amérique de Bush trouve que l’Europe n’assume pas ses responsabilités pour assurer la paix dans le monde (nos forces en Afghanistan restent très faibles). Nos querelles internes et l’attitude envers la Turquie, sans nier la difficulté du problème, provoquent des dommages collatéraux très importants dans les relations franco américaines. En ce début de 21ème siècle, la diplomatie est redevenue la priorité de l’action politique.

ER

10/26/2004

Mary Poppins électrice ?

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La campagne est devenue tellement tendue que les deux camps sont convaincus que l'autre est prêt à utiliser tous les moyens pour l'emporter. Ils sont persuadés que les risques de fraudes sont élevés à travers les machines à voter, le dépouillement ou les décomptes mais aussi à travers l'enregistrement des nouveaux électeurs.

La composition des listes électorales est donc devenue l'objet de contestation, chaque camp essayant de faire inscrire les électeurs qui lui sont favorables et de dénoncer l'inscription de ceux qui sembleraient ne pas l'être.

Ainsi, dans l'Ohio, état extrêmement disputé, le congressman républicain Pat Tiberi a porté plainte contre les listes électorales de quatres contés. En effet, ceux-ci ont plus d'électeurs que de résidents en âge de voter... Mary Poppins, George Foreman et Michael Jordan seraient parmi les électeurs. La personne qui aurait rempli leurs formulaires d'inscription aurait été payé en crack par une supportrice trop zélée et mal avisée de John Kerry !

Plus sérieusement, le nombre des nouveaux électeurs inscrits sur les listes est estimé à près de 14 millions. Les convaincre est un enjeu majeur pour les candidats dans les états et les contés les plus disputés.

Les convaincre de continuer à voter sera un enjeu majeur pour la démocratie américaine où le président n'est habituellement élu qu'avec 50 % environ de participation.

10/25/2004

John Kerry : bon ou mauvais chasseur... aux voix ?

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John Kerry est accusé d'être un aristocrate de la côte Est, un intellectuel éloigné du peuple. Il serait distant et méprisant, préférant des loisirs de millionnaire, comme le windsurfing ou la pratique de la langue de Molière aux loisirs simples de ses semblables, comme regarder le sport à la télévision en buvant une bière au goulot les pieds sur la table...

John Kerry a décidé de s'encanailler dans les derniers jours de la campagne et de faire la preuve de sa capacité à être aussi proche de l'homme de la rue que George W. Bush. Ce n'est pas facile ! John Kerry s'est donc exposé avachi devant la télévision et mangeant de la Junk food.

Il a aussi décidé de faire pièce à la propagande de la National Rifle Association qui le représente en caniche de luxe avec la mention "This dog doesn't hunt". Celle-ci supporte sans hésitation le Président sortant et s'oppose absolument à toute évolution de la législation sur les armes. Avoir des armes de guerre à la maison, est-ce vraiment un droit constitutionnel ? Cette campagne le faisant passer pour une mauviette, John Kerry s'est affiché dernièrement avec des chasseurs aux oies... d'un Swing State, l'Ohio.
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Les Américains pourront y voir du courage et la volonté de répondre à la calomnie. Certains analystes se demanderont également si ces deux images de John Kerry vont l'aider à être populaire auprès des femmes, ou si un tel assaut de démagogie à quelques jours du scrutin n'aura pas un effet négatif.

Surtout, à travers les Etats-Unis, chacun de nous doit se demander s'il est légitime de vouloir que les dirigeants politiques soient des caricatures de "citoyens de base" ? Qu'ils soient proches des gens certainement, mais peut-être est-ce bon qu'ils puissent être éduqués, cultivés, connaissent des pays ou des langues étrangères, s'intéressent à l'art ou à la culture ? La première qualité d'un dirigeant est-elle d'être sympa ou d'être compétent ?

L'une des prises de positions de John Kerry sur les armes d'assaut : http://www.johnkerry.com/pressroom/releases/pr_2004_0910a.html

Le site de la National Rifle Association : http://www.nra.org/

Photos : NRA et Kerry-Edwards 2004, Inc. from Sharon Farmer

10/22/2004

L'Ambassadeur des Etats-Unis en France à HEC

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L’association HEC Débats, dont certains membres sont rédacteurs de ce blog, a organisé une semaine américaine sur le campus de Jouy en Josas. Dans ce cadre, nous avons notamment reçu S.E. Howard Leach, ambassadeur des Etats-Unis en France. Il nous a accordé sa soirée le mardi 19 octobre pour répondre aux questions des étudiants.
Howard Leach a été nommé en 2001, il est un ami personnel de George H.Bush et a mené une carrière d’entrepreneur, notamment dans l’agroalimentaire et d’investisseur. Il est originaire de Californie.

Sur les élections, l’Ambassadeur n’a évidemment pas pris parti. Il a simplement affirmé que l’élection serait très serrée et a exprimé sa volonté de rendre compte du bon bilan de l’administration qu’il représente et d’expliquer ses décisions. Il n’a pas prononcé une seule fois le nom de Kerry ou des démocrates.
S’il était très clairement le représentant du Président Bush en France, ses explications ont été fines et il a reconnu quelques erreurs de son administration, notamment en termes de communication pendant la crise irakienne et surtout concernant les difficultés rencontrées en Irak, qui selon ses mots n’ont pas été « anticipées ».
On a pu percevoir un certain ressentiment envers Ronald Rumsfeld, de plus en plus éloigné ces derniers jours de la campagne par les équipes du Président qui n’ont pas apprécié sa remise en question claire des liens entre Saddam et Al Qaida. Howard Leach, sur « la vieille Europe » a bien précisé que Rumsfeld n’était pas le Président et qu’il avait fait une faute. L’impression générale a tout de même été un discours très policé et prudent, destiné à rassurer les Français, où l’ambassadeur a verrouillé toutes les possibilités d’accrochage avec une candeur bien américaine. On a reconnu cette foi dans l’avenir et cet optimisme des Américains même quand leurs actions sont mises en difficulté.

Rappelant que le scrutin présidentiel américain est une formidable illustration de la démocratie et une célébration de la liberté, l’Ambassadeur a mis l’accent sur le système fédéral qui laisse une grande liberté aux états (comme le choix de la peine capitale), et le système du collège électoral destiné à protéger les états peu peuplés du risque d’être éclipsés par les états plus densément peuplés. Les électeurs sont appelés à se prononcer sur de nombreuses questions lors de ce scrutin multiple: gouverneurs, élections des fonctionnaires locaux, des membres des conseils d’administration des écoles et questions de politiques comme les électeurs californiens qui se prononceront sur des questions de budget.
L’Ambassadeur Leach a invité tous les Américains à aller voter en rappelant la phrase de Reagan : « Democracy is not a spectator sport. »
Interrogé sur les possibles dérives du lien entre argent et politique dans cette campagne, l’Ambassadeur Leach s’est prononcé en faveur de l’instauration d’un plafond pour les dépenses électorales entre 50 et 150 millions de dollars. Il a précisé que la Cour Suprême avait un avis contraire car elle considérait que de telles limitations étaient des entraves à la liberté d’expression.

Sur l’économie, il a insisté sur la façon admirable dont l’équipe Bush a empêché l’Amérique de sombrer dans une grave crise économique, alors qu’elle a subi trois chocs d’importance historique : l’éclatement de la bulle Internet et l’effondrement de la Bourse, le 11 septembre et les scandales comptables et financiers. Les baisses d’impôt ont joué un rôle fondamental dans le redressement en permettant à la consommation de se maintenir et aux entreprises de constituer des réserves, qu’elles commencent maintenant à réinvestir. L’Ambassadeur n’a pas éludé la question des déficits jumeaux, qu’il faut impérativement réduire. Et pour cela George W.Bush a un plan de réduction de moitié en 5ans, a-t-il dit. Sous entendu, Kerry n’en a pas.

Quant à la politique étrangère des Etats-Unis et aux relations franco-américaines, Howard Leach s’est voulu rassurant. Le dialogue entre Français et Américains s’améliore sur l’Irak, nous a t-il dit. Utilisant le discours habituel sur la similitude de nos deux démocraties universalistes, il a nous a invité à se méfier de la manipulation médiatique, que ce soit les mauvaises blagues sur les Français dans certains médias américains ou le boycott, qui n’a pas eu lieu quant on observe les chiffres. De même en matière de lutte commerciale, il a insisté sur le caractère très marginal de celles-ci. S’étant entretenu avec le patron de Boeing, il a précisé que ce dernier voulait mettre les comptes à plat avec Airbus, tirer un trait sur les subventions du passé et se concentrer vers l’avenir, à savoir, s’engager à stopper toute forme d’aides gouvernementales, pour ces deux compagnies qui sont désormais saines et compétitives.

L’objectif en Irak reste la souveraineté du pays et la tenue d’élections en janvier 2005. Sans faire de lien entre Saddam et Al Qaida, l’Ambassadeur a affirmé que Saddam avait financé le terrorisme et qu’aujourd’hui, au moins 2000 combattants d’Al Qaida se trouvaient en Irak et y menaient les opérations d’insurrection. A la suite du Président Bush, il y a quelques semaines, l’Ambassadeur Leach a avoué que les Américains avaient mal évalué les conséquences de l’invasion de l’Irak. En dépit des difficultés, la plupart des irakiens sont heureux d’être libres, a-t-il dit. Les valeurs de liberté et de démocratie sont les fondements de la politique étrangère américaine. Pour preuve les Américains ont rétabli la liberté de la presse en Irak où il y a désormais 300 journaux, dont certains très violents envers les Américains.

Interrogé sur la théorie de la guerre préventive, Howard Leach a rappelé que la diplomatie est bien le premier levier d’action des Américains et que la guerre préventive n’est pas un choix mais un dernier recours. Le Président Bush a essayé d’utiliser l’ONU au maximum lors de la crise irakienne et aujourd’hui, l’Ambassadeur est optimiste pour le désarmement de l’Iran qui se fait en coopération avec les Alliés de l’Amérique, dont la France, et par voir diplomatique. De même pour la Libye. Sur cet exemple précis, on voit bien que la force est indispensable pour soutenir la diplomatie, a-t-il dit. Pour justifier la volonté de l’équipe Bush d’impliquer la communauté internationale dans ses actions de politique étrangère il a cité la Corée du Nord : les discussions bilatérales conduites par Bill Clinton n’ont pas marchées. Des progrès sont perceptibles aujourd’hui grâce à l’implication de la Russie et du Japon.

La réforme de l’ONU et de l’OTAN pour les rendre plus efficaces et mieux adaptées au nouveau contexte mondial est essentielle pour l’Ambassadeur Leach. Il a évoqué l’élargissement du conseil de sécurité et précisé que l’ONU est aux yeux des Américains le meilleur outil pour faire progresser la paix. L’OTAN, vecteur essentiel de la coopération transatlantique, doit selon l’Ambassadeur, réorienter ses actions de manière plus globale. L’Europe est en effet confrontée aux menaces du terrorisme mondial, qui prend sa source hors de son territoire, c’est pourquoi, l’OTAN doit continuer de prendre part à la lutte contre le terrorisme et possiblement dans des zones éloignées du territoire européen. L’Ambassadeur appelé à un examen constructif de l’implication de l’OTAN en Irak, pour aider à la stabilisation du pays.
Le mot de la fin: « We have serious problems with global terrorism but we will overcome by nations cooperating together. I’m optimist and I think that America and the rest of the world have a bright future

Emma Ritter

10/20/2004

La bataille des valeurs

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On considère habituellement que G.W. Bush a l'avantage sur J. Kerry dans le domaine des "valeurs" et des questions de société, l'Amérique étant plutôt conservatrice.

Time magazine publie cette semaine un sondage qui remet en cause cette opinion. Cinq points principaux peuvent en être retenus.

1- Les valeurs ne sont que le 5e déterminant des Américains dans leur vote (12 %), derrière l'économie (26 %), la guerre contre le terrorisme (22 %), la situation en Irak (20 %) et la santé (14 %). Cela relativise l'importance du sujet et montre aussi que l'économie est revenue au premier plan.

2- Bush n'a pas sur le sujet un avantage très net, seulement 44 contre 42 %, l'écart ayant été de plus de 10 points début septembre.

3- Sur les trois sujets majeurs : avortement, mariage gay et recherche sur les cellules souches, les électeurs interrogés préfèrent Kerry à Bush avec une marge de 3 à 15 points.

4- Bush se trouve souvent le tenant de positions beaucoup plus radicales que la majorité des Américains. Sur l'avortement, seuls 9 % y sont systématiquement hostiles et 45 % souhaitent une stricte réglementation. Sur le mariage gay, si 58 % y sont opposés, ils sont également 54 % à refuser un amendement constitutionnel. Enfin, sur les cellules souches, 69 % approuvent les recherches et seulement 13 % s'opposent à leur financement par le budget fédéral.

5- George W. Bush, en privilégiant la consolidation de l'électorat très conservateurs, ne risque-t-il pas de perdre l'élection au centre ?

Lire l'article de Time magazine : http://www.time.com/time/election2004/article/0,18471,725075,00.html

Photo : BROOKS KRAFT / CORBIS FOR TIME
A woman holds a baby wearing a bib that says “Bush loves my unborn friends,” during a campaign rally for the President

10/19/2004

Les Amish iront-ils voter ?

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A deux semaines de l'élection, les deux camps rassemblent leurs forces. Si les Démocrates espèrent encore gagner des voix auprès des électeurs hésitants, les Républicains semblent avoir fait le choix de mobiliser leur électorat et de s'assurer qu'ils iront voter.

Les principaux conseillers de Bush sont en effet convaincus que l'une des clés de l'élection est la mobilisation des 4 millions de chrétiens conservateurs. S'ils vont voter, Bush l'emportera.

Dès lors le vote Amish apparaît crucial. Les principales communautés se situent dans deux Etats très sensibles : la Pennsylvanie (50.000) et l'Ohio (54.000). Ils sont conus pour leur conservatisme social et religieux ; deux points qui les rapprochent de G. W. Bush. Pourtant cette sympathie ne se traduira pas forcément par un vote, pour trois raisons.
Tout d'abord, les Amish ont une tradition de neutralité politique malgré leur sensibilité. "We don't vote, but we pray Republican" disent-ils. Ils n'ont en effet pas intérêt à mettre en danger leur statut particulier par une attitude partisane.
Ensuite, les Amish sont pacifistes. Beaucoup sont objecteurs de conscience. Il n'est donc pas forcément évident pour eux de voter pour le Président sortant.
Enfin, le mois de novembre est la saison des mariages... Quand on se rend à un mariage à cheval, il n'est pas forcément facil de revenir, à cheval, au bureau de vote...

Alors iront-ils voter ? Feront-ils basculer la Pennsylvanie et l'Ohio dans le camp républicain ?

MM

Notamment sur internet :
- http://www.amish.net/
- http://padutch.com/reasons.shtml

10/15/2004

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Après le troisième débat Bush-Kerry, où en est-on ?

Chacun semble satisfait du résultat obtenu. Les deux candidats ont conforté leur base électoral mais aucun n'a apparemment creusé l'écart.

Si G.W. Bush a sans doute atteint son objectif : ne pas perdre ; il est aussi possible de dire que John Kerry a atteint le sien : se remettre en selle et apparaître comme un candidat crédible.

Au total cela donne un léger avantage à John Kerry pour la phase finale. Il a réussi à rattrapper le retard qu'il accusait depuis la convention républicaine et donne l'impression que l'évolution de l'opinion lui est à nouveau favorable. C'est déjà une belle victoire d'estime face à un "Président de guerre" dont la réélection semblait acquise.

A notre avis cependant, deux éléments doivent être rappelés. D'une part, G.W. Bush l'a déjà emporté en 2000 avec une minorité de voix, rien n'est donc fait. D'autre part, les sondages nationaux n'ont que peu de signification, car l'élection ne se joue pas - rappelons le - par un suffrage universel direct au plan national, mais par une élection dans chacun des 50 Etats. Or, jusqu'à présent, l'examen approfondi des Swing States conduisait à pronostiquer la victoire de Bush.

Quel est votre avis ? Croyez-vous qu'un des candidats ait été plus performant ? Sur quels sujets ?

10/13/2004

L'argent de George Soros a-t-il une odeur ?

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Vue de France, l'implication de George Soros dans la campagne présidentielle américaine ne paraît pas très originale. Un milliardaire dépense beaucoup d'argent, environ 25 millions de dollars, en politique, quoi de plus normal ! C'est l'Amérique !

Pourtant, aux Etats-Unis, tout le monde ne le voit pas de manière aussi calme. Les Républicains ont fait de George Soros une de leurs cibles : "George Soros menace l'avenir de la démocratie américaine", "il a acheté le parti démocrate", "Kerry lui devra beaucoup...", "George Soros veut acheter le Bureau Oval", "L'argent de Soros viendrait du trafic de drogue", "c'est un étranger qui veut saper la souveraineté américaine"...

Qu'est-ce qui émeut donc autant les stratèges républicains ? Le parti républicain n'est-il pas copieusement financé par de riches donateurs ? George W. Bush n'a-t-il pas plaisanté dans un gala white tie destiné à récolter des fonds : "On vous appelle les gens les plus riches des Etats-Unis. Moi je vous appelle ma base électorale !". Alors ?

En fait, George Soros semble être l'homme qui symbolise deux événements politiques majeurs : une nouvelle inflation des dépenses électorales et l'utilisation des groupes 527, et, surtout, à plus long terme, le renouveau de la gauche américaine.

George Soros est tout d'abord l'un des premiers avoir compris les potentialités des groupes 527. En effet, à la suite des excès de la campagne précédente, notamment les problèmes éthiques posés par le financement par les entreprises et lobbies américains et étrangers, le Congrès a adopté en 2002 la McCain-Feingold campaing-finance reform law. Cette loi a plafonné à 2.000 $ le don que chaque personne peut faire à un parti politique (hard money) mais elle ne l'a pas fait pour les groupes indépendants, dits "groupes 527". Ceux-ci peuvent donc recevoir des sommes illimitées (soft money). Au cours de la campagne 2004, on suppose que ce sera près d'un milliard de dollars qui sera dépensé dont 300 millions à travers ces groupes indépendants et donc sans aucun contrôle, la Commission fédérale des élections ayant quasiment renoncé à les maintenir dans leur rôle originel, c'est à dire marginal.

George Soros est aujourd'hui à la tête de l'un des plus importants America Coming Together For Victory (http://actforvictory.org) au côté de MoveOn.org (http://www.moveon.org/front/). Cette offensive démocrate a contraint les Républicains à la contre attaque. Ils ont notamment lancé : Swift boat veterans for truth (http://www.swiftvets.com/), Progress for America (http://www.progressforamerica.com/pfa/), GOPUSA (http://www.gopusa.com/) et Rigthmarch.com (http://www.rightmarch.com/).

L'implication de George Soros en politique est aussi le signe précurseur d'une évolution beaucoup plus inquiétante pour les Républicains : la volonté de l'élite libérale de reconstruire la gauche américaine. Il s'agit donc d'investir sur le long terme pour recréer des mouvements de base et de jeunesse, des think tanks et des médias favorables aux idées progressistes, comme les conservateurs avaient su le faire à partir du milieu des années 1970. Si aujourd'hui George Soros et ses amis se sont engagés dans une campagne de terrain fondée sur le principe venu des affaires du "one to one" et dénoncent la guerre en Irak comme une dangereuse diversion à la guerre contre le terrorisme, il s'agit à plus long terme de redonner à la gauche américaine les moyens de gagner les élections.

Au fond, ce que promeuvent les progressistes comme George Soros c'est un projet de société fondamentalement différent des conservateurs : une "société ouverte" (Cf. Open Society Institute : http://www.soros.org/), car ils refusent le retour de l'autorité et des valeurs morales et religieuses, défendant et portant dans le 21e siècle les combats des années soixantes pour les droits de minorités et des femmes. Ils ont aussi une vision différente de la politique étrangère des Etats-Unis. George Soros a signé un livre intitulé The Bubble of American Supremacy : Correcting the Misuse of American Power.

Alors oui, l'argent de George Soros a bien une odeur, celui du reveil de la gauche américaine.

MM

Le blog de George Soros : http://www.georgesoros.com/index.cfm?Fuseaction=Index
Lire Newsweek : http://www.msnbc.msn.com/id/6214764/site/newsweek/